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J'ai entendu beaucoup de choses sur le projet de méthaniseur de Hauterive, positives et négatives. Malgré cela, je n'arrivais pas à me positionner, à avoir un avis. Il me manquait des éléments, la méthanisation m'étant alors inconnue. Ce dont j'étais sûr en revanche, c'est que le procédé mis en oeuvre pour activer le projet a été une parodie de démocratie, les Hauterivoises et Hauterivois étant considérés comme des "gaulois réfractaires" (comme dirait E. Macron) qu'il fallait aller éduquer, de même que les entreprises du secteur concerné (le Bioparc). Cette manière de faire de la politique a fait son temps, ainsi que ses pratiquants. L'abstention majoritaire dans le pays devrait nous interpeller toutes et tous. Bref, je me suis donc renseigné davantage sur la méthanisation, afin d'avoir une vue d'ensemble et de construire mon opinion sur le sujet.

Voici les principales sources d'information qui fondent le propos qui suit:

Le projet de méthaniseur de Hauterive n'a pas pour objet de fournir en gaz quelques exploitations d'un secteur bien défini, restreint, ce qui aurait pu se révéler positif. C'est une véritable usine à gaz qui traitera plusieurs dizaines de milliers de tonnes de déchets par an. A cet égard, des parallèles peuvent être dressés avec des méthaniseurs d'envergure similaire, abordés dans certains articles ci-dessus.

Les pouvoirs publics et les entreprises liées au projet nous parlent de ce qu'ils estiment être des bienfaits, d'une technologie verte, de ce qui n'est en réalité que la partie visible de l'iceberg : les déchets sont valorisés pour produire du résidu d'épandage (digestat) aux agriculteurs, du gaz de ville aux habitants de l'agglomération et du "biocarburant". Je mets volontairement des guillemets car ce terme se veut positif et englobe pourtant un peu tout, dont le carburant à base d'huile de palme qui remporte, pour le coup, la palme.

Malheureusement, les effets écologiques d'une telle unité de méthanisation sont négatifs. Je ne serai pas exhaustif afin de ne pas paraphraser les sources ci-dessus et de rendre l'article digérable (oui, comme les déchets dans le méthaniseur).

  • Un ou plusieurs camions seront mis sur les routes quotidiennement, ce qui représente des émissions de gaz à effet de serre. Par ailleurs, les routes empruntées n'en seront qu'usées plus rapidement, sans parler du trafic supplémentaire et des nuisances sonores.
  • Les déchets utilisés proviendront de plusieurs exploitations, dont un certain nombre nourrit ses élevages avec des aliments pas bio voire des antibiotiques. Il y aura aussi des déchets agro-industriels donc un concentré de produits de synthèse néfastes (les additifs notamment). Le processus de méthanisation ne les fera pas disparaître, des résidus (entre autres !) se trouveront à la sortie, résidus qui seront épandus. C'est catastrophique pour les sols, les espèces végétales et animales touchées, les nappes phréatiques et représente donc une pollution de l'eau, notre eau, déjà bien attaquée. Nous apprenons également que des parcelles situées en zone Natura 2000 sont concernées. Quand j'entends "Natura 2000", j'entends zone de protection de la biodiversité, j'entends que l'on ne peut pas faire n'importe quoi dessus. Peut-être suis-je trop crédule mais cela me choque.
  • Afin que le processus fonctionne, des céréales doivent prendre part à la mixture. A l'heure où la relocalisation (en bio) et l'autonomie alimentaires sont des enjeux urgents, des producteurs seront incités à produire pour le méthaniseur et moins voire plus du tout pour l'alimentaire pour des raisons financières.

D'autres raisons pour lesquelles un tel méthaniseur n'est pas souhaitable concernent les riverains :

  • La proximité des habitations avec le méthaniseur va entraîner une décote immobilière (nuisances visuelles, sonores voire olfactives et pollutions)
  • Les entreprises du Bioparc n'ont pas été consultées véritablement et sont prises de haut par Vichy Communauté qui se permet de leur renvoyer la balle. Ces entreprises sont prêtes à partir si le projet voit le jour sans garanties concrètes rassurantes. Le bassin industriel vichyssois ne peut pas se permettre cela, lui qui se trouve déjà sous la menace imminente de fermetures d'usines prochaines (certains grands groupes profitant de la crise sanitaire pour licencier voire fermer des sites). Pour parler de la vie concrète des gens, cela aggraverait la pauvreté dans le bassin (déjà pauvre et fort pourvu en chômage) voire sa désertification.
  • Les gens du voyage partiraient également, eux qui avaient contribué au sauvetage d'une classe à l'école. Gare à l'effet domino pour la commune de Hauterive...

Le greenwashing politique est une discipline à la mode mais il faudrait dire aux élus locaux qu'il ne s'agit pas d'un sport présent aux Jeux Olympiques de 2024 (Vichy Communauté labellisée Terres de Jeux 2024) :

  • Didier Corre, le maire de Hauterive, réélu cette année, est dans la liste des 22 exploitants agricoles qui fourniront des déchets au méthaniseur. C'est une situation de conflit d'intérêts.
  • Vichy Communauté, collectivité porteuse du projet, à droite majoritairement sur l'échiquier politique, représentée par son président F. Aguilera (LR), n'est pas devenue écolo. Pour eux, si un projet qui se veut écolo (qu'il le soit réellement ou non) s'inscrit dans l'économie de marché (dans le capitalisme), crée un nouveau business, alors ils seront en faveur de celui-ci. Dans le cas contraire fuseront les insultes de "khmers verts" et autres joyeusetés, comme on peut le voir régulièrement sur le Twitter de F. Aguilera par exemple.
  • Europe Ecologie Les Verts, parti déjà teint de vert dans son nom, a jugé intéressant de passer une seconde couche localement, via son ex-conseiller municipal à Vichy F. Skvor et par le silence approbateur d'EELV Pays de Vichy.

De mon côté de l'échiquier politique, à la France insoumise, nous revendiquons une écologie populaire qui se fait avec les gens et non contre eux. Cette écologie populaire doit nécessairement être radicale, afin de répondre aux enjeux majeurs de plus en plus urgents qui se dressent contre nous. Il s'agit d'engager une véritable bifurcation écologique (en opposition à la politique des petits pas) via une planification d'ensemble (une politique du temps long plutôt qu'une vision à court terme qui a prouvé son inefficacité). L'écologie, le social et la démocratie ne doivent faire qu'un.

Bref, lorsqu'un tel projet se présente, on peut se poser les questions suivantes :

Est-ce de l'écologie populaire ?

Non. Les initiateurs du projet se sont passés de l'avis du peuple de ses balbutiements jusqu'à aujourd'hui. Le projet aura aussi des effets négatifs concrets sur de nombreux habitants de la commune, ainsi que sur des entreprises locales. Il ne répond enfin pas à la problématique des revenus trop faibles des paysans sur les productions alimentaires.

Est-ce de l'écologie radicale ?

Non. Par l'envergure industrielle de cette unité de méthanisation, l'impact positif d'une production naturelle de gaz fait face à une pléthore de conséquences négatives sur l'environnement, un comble pour un projet se voulant écologique. De plus, par son envergure envore une fois, il rentre totalement dans le capitalisme financier, ce système coupable de la destruction du vivant dans le monde entier, ce système coupable d'un nombre de paysans déclinant décennie après décennie alors qu'une dynamique inverse se fait urgemment nécessaire, ce système coupable de revenus indignes pour les paysans qui se défoncent sept jours sur sept pour nous nourrir convenablement, ce système qui ne leur a laissé guère le choix sur l'utilisation des pesticides de synthèse. Et ainsi de suite...

Actuellement, ce projet semble en pause, la crise sanitaire ayant fait son oeuvre. Restons vigilants à toute évolution à venir et participons à la lutte. Une association a été créée dans ce but, comme vous avez pu le lire dans les articles de presse locale que j'ai inclus.